L’ACO souffle ses 120 bougies : une histoire qui a changé le sport automobile
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L’ACO souffle ses 120 bougies : une histoire qui a changé le sport automobile

Il y a 120 ans jour pour jour, soit le 24 janvier 1906, l’Automobile Club de l’Ouest est né. Alors que les disciplines motorisées n’en étaient qu’à leurs balbutiements, quelques hommes ont pris une décision historique : celle de s’associer pour changer à jamais le sport automobile.

Au début du XXe siècle, les courses étaient bien différentes de celles que l’on connaît actuellement. Elles consistaient, pour la plupart, à rejoindre deux villes entre elles, le tout en empruntant des routes abîmées et sans la moindre protection pour les pilotes et le public. Le succès des « villes-à-villes » était total, jusqu’à ce tristement célèbre Paris-Madrid 1903. Durant cette épreuve, sept spectateurs ont perdu la vie, ainsi que Marcel Renault – cocréateur de la firme du même nom, alors au volant de sa propre voiture. Les gouvernements européens ont décidé d’interdire toute représentation de ce genre, mais ne pouvaient ignorer l’intérêt des foules pour les sports mécaniques. Rien que lors du Paris-Madrid, plus de deux millions de personnes avaient été recensées sur les talus. Une solution devait être trouvée, et celle-ci paraissait limpide : créer des circuits plus sûrs.

Le Grand Prix de l'ACF 1906 en point de départ

Ainsi, lors des années suivantes, la discipline se structure. Des circuits – qui reprennent des routes privatisées pour l’occasion – sont créés, et les clubs les plus éminents donnent naissance à des événements d'envergure. C’est le cas de l’Automobile Club de France (ACF), qui, avec l’aide du journal L’Auto, lance en octobre 1905 un concours pour trouver un organisateur capable d’accueillir le futur Grand Prix de l'ACF à l’horizon 1906. Le but est de proposer une alternative aux Coupes Gordon Bennett, les courses de référence, qui pénalisent la construction française. Beaucoup de clubs régionaux répondent à l’appel, mais, après plusieurs mois d’écrémage, deux initiatives sont retenues : celle de la Sarthe, et celle de la Brie. Finalement, ce sont bien les Sarthois qui décrochent le gros lot, à savoir, le prestige de planifier le tout premier GP de l'ACF. Cette décision est favorisée par la richesse du terroir innovant et industriel du Mans, sous influence notable de la famille Bollée.

Ceux qui ont donné naissance à l’ACO

En janvier 1906, huit jours après la validation du dossier par l’ACF, ceux qui ont eu l’idée de participer à ce concours national fondent une association, en profitant de la liberté offerte par la loi 1901, adoptée il y a peu. Ces personnalités ne sont autres que les créateurs de l’Automobile Club de la Sarthe (A.C.S), devenu Automobile Club de la Sarthe et de l’Ouest (A.C.S.O) en 1910, puis Automobile Club de l’Ouest (ACO) en 1918, soit sa forme que le monde connaît actuellement.

Le premier secrétaire général de l’A.C.S se nomme Georges Durand. Né en 1864, il est alors un homme très influent dans la région, ayant déjà pris part et organisé des courses, en plus d’être élu au conseil général de la Sarthe comme au conseil municipal du Mans. C’est lui qui prend la tête de l’initiative. Il est accompagné d’Adolphe Singher et de son fils Gustave, tous deux adhérents à l’Union Sportive du Mans et issus d’une famille pionnière des assurances. Adolphe puis Gustave Singher sont respectivement les deux premiers présidents de cette association. S’ajoutent à ce groupe trois hommes d’affaires sarthois, Robert Gaullier, Georges Carel (nommé vice-président) et René Pellier (le trésorier). Voici ceux qui sont à l’origine de 120 ans de légende et de passion. Le succès est immédiat : dès sa séance constitutive, l’A.C.S compte une centaine de membres.

"Une présentation de l'Automobile Club de la Sarthe" par J. Perrin. De gauche à droite, M. Bariller, M. Pellier, M. Carel, M. Verney (en retrait), M. Durand, le Dr Moreau, M. A. Singher, la reine Bérangère, et M. G. Singher. Domaine public.
"Une présentation de l'Automobile Club de la Sarthe" par J. Perrin. De gauche à droite, M. Bariller, M. Pellier, M. Carel, M. Verney (en retrait), M. Durand, le Dr Moreau, M. A. Singher, la reine Bérangère, et M. G. Singher. Domaine public.

Une franche réussite

Vient maintenant le moment d’organiser le Grand Prix de l'ACF, fin juin. Georges Durand, aidé par l’ingénieur Verney, ses associés et quelques membres de l’UACS (Union Auto-Cycliste de la Sarthe) qu’il présidait, trace un circuit de 103 kilomètres en triangle à l’est du Mans entre Champagné (la Fourche d’Auvours), La Ferté-Bernard, et Saint-Calais. Les routes empruntées sont publiques, à l’exception de quelques sections fabriquées en bois pour l’occasion. Il ne partage rien avec le Circuit du Grand Prix d’Endurance de 24 Heures 1923, mais la sécurité est déjà au centre de l’attention. De tous points de vue, ce premier Grand Prix de l'ACF est un succès, et pas seulement grâce à la magnifique victoire du Hongrois Ferenc Szisz sur Renault. La presse est dithyrambique quant à l’organisation. « Le spectacle a été splendide et j’en félicite sans arrière-pensée l'A.C.S. Impossible de faire à la fois besogne plus sportive et plus impeccable. Bravo à eux. », lisait-on dans L’Auto quelques semaines après.

"Nous avons pu profiter en toute tranquillité du beau spectacle qui nous fut donné. Le côté extérieur de l'organisation fut particulièrement soigné"
Henri Desgranges, L'Auto du 28 juin 1906

Cet événement, monté en quelques mois, a ravi tout le monde, mais Georges Durand avait un autre objectif en tête : populariser davantage l’automobile auprès des Sarthois. « Cette campagne de communication autour du Grand Prix avait aussi pour but de convaincre les populations locales des bienfaits de la locomotion nouvelle, en leur montrant les bénéfices considérables que la course leur procurerait. Le résultat a dépassé mes espérances. », déclarait-il dans Le Petit Phare.

Cette impulsion novatrice incarne l’âme de l’Automobile Club de l’Ouest, qui, depuis sa création il y a 120 ans, n’a cessé de se réinventer pour se rapprocher au plus près de son époque. Telle est la philosophie de l’ACO encore perceptible de nos jours, et qui date bien avant la naissance des 24 Heures du Mans.

Crédit photo de couverture : DR/ACO