L’ACO souffle ses 120 bougies : un nouveau circuit est né
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L’ACO souffle ses 120 bougies : un nouveau circuit est né

Au début des années 1960, l’Automobile Club de l’Ouest organise toujours les 24 Heures du Mans avec autant de succès. Si l’épreuve plaît, elle illustre aussi une singularité dans le paysage : l’antre dans laquelle s’affrontent les concurrents de la classique mancelle n’existe en réalité que quelques jours par an, puisqu’il emprunte des routes publiques. Naît ainsi l’idée d’un tracé permanent qui serait différent du « grand » circuit des 24 Heures, mais destiné à la formation de jeunes pilotes, d’une part, et de l’autre, à la tenue de divers événements tout au long de l’année.

Jacques Finance, président de la commission sportive de l’Automobile Club de l’Ouest, et Jean-Marie Lelièvre, président de l’ACO, actent la construction de ce tout nouveau circuit. Charles Deutsch, le concepteur, esquisse alors un tracé simple, assez rapide.

Une idée et un dessin de génie

Il est relativement court – à peine plus de quatre kilomètres – mais très polyvalent. Il partage la même ligne droite des stands que le Circuit des 24 Heures du Mans, puis se sépare de son grand frère dans la descente qui suit la courbe Dunlop, au virage de la Chapelle. Les deux se retrouvent au virage dit du « raccordement », à l’appellation explicite. Ce parti pris architectural, à la fois économique et judicieux, permet d’optimiser les infrastructures déjà en place – tribunes, paddocks, installations techniques – tout en offrant au nouveau circuit une identité propre. Loin d’être une simple annexe, le tracé Bugatti jouit ainsi d’une autonomie réelle, capable d’accueillir des épreuves indépendantes des 24 Heures.

L’ACO lui attribue le nom Ettore Bugatti, en hommage au constructeur français fraîchement disparu, mais qui a marqué l’histoire automobile comme peu d’autres. En Grands Prix, bien sûr, avec d’innombrables victoires qui ont forgé une réputation d’excellence mécanique et esthétique sans égale. Mais également aux 24 Heures du Mans, où Bugatti s’est imposé à deux reprises en 1937 et 1939, signant deux succès majeurs pour l’industrie française. Jean-Marie Lelièvre lui-même était proche de Jean Bugatti, fils d’Ettore, et possédait plusieurs modèles de la firme alsacienne. Ce lien personnel entre les deux familles – celle du sport automobile manceau et celle de la marque de Molsheim – confère au choix du nom une dimension qui dépasse le simple hommage institutionnel.

Le circuit Bugatti, finalisé avant les 24 Heures 1965, est inauguré en 1966. Sa construction représente alors un pari audacieux : créer, dans une région dont l’identité sportive tourne autour d’une seule course annuelle, un outil permanent capable de rayonner toute l’année. Depuis, il a connu bon nombre de modifications, notamment des évolutions de tracé destinées à améliorer la sécurité ou à s’adapter aux exigences croissantes des différentes disciplines qui s’y disputent, mais a toujours conservé son esprit originel : un circuit technique, propice aux dépassements, taillé pour le spectacle autant que pour la performance.

Des travaux d'envergure massive.
Des travaux d'envergure massive.

Le Mans au centre du monde

La Formule 2 y est accueillie dès 1966, bientôt suivie par le Grand Prix de France de Formule 1 en 1967. Cette présence des monoplaces de l’élite consacre d’emblée le nouveau circuit sur la scène internationale. Les Grands Prix motocyclistes l’investissent en 1969, et, de nos jours, le MotoGP, qui a pris la relève en 2002, continue d’attirer les masses chaque printemps. L’épreuve mancelle figure parmi les rendez-vous les plus attendus du calendrier MotoGP, et le circuit Bugatti, avec ses virages rapides et ses zones de freinage spectaculaires, offre aux pilotes motos un terrain particulièrement propice aux duels. Chaque année, à l’occasion du Grand Prix de France, plus de 300 000 personnes s’y réunissent pour admirer les plus grands champions de la discipline à l’œuvre.

Dans la foulée, le Bol d’Or, prestigieuse course d’endurance moto dont l’histoire remonte aux années 1920, y débarque en 1971, puis est remplacé en Sarthe par les 24 Heures Motos en 1978. Cette épreuve sœur des 24 Heures automobile connaît depuis un développement remarquable, au point de s’imposer comme l’une des références de la discipline. Traditionnellement, l’événement tenu en avril ouvre le Championnat du monde d’endurance moto FIM EWC. En 1981, ce sont les 24 Heures Camions qui y déroulent leur première représentation, apportant avec elles un esprit festif et populaire, ce qui complète un calendrier déjà bien fourni.

Bien sûr, il rend possible la réception de manifestations ponctuelles, voire uniques, comme les 1000 kilomètres du Mans, le Tour Auto – rassemblement des plus belles voitures historiques –, jusqu’au GP Explorer organisé plus récemment par des créateurs de contenu sur internet, qui attire un public jeune et habituellement éloigné des circuits. Cette capacité d’adaptation, cette ouverture à des formats nouveaux, est sans doute l’une des forces du Bugatti.

En somme, cette savante addition permet au site entier de prolonger sa légende toute l’année durant. Au-delà d’un simple ajout, le Bugatti a facilité le développement de nombreuses manifestations totalement dissociées des 24 Heures du Mans et qui persistent encore de nos jours. Cette richesse, qui tient à la fois à l’intelligence de sa conception initiale et à la vision de ceux qui l’ont fait grandir, a considérablement renforcé la place de la ville du Mans au sein du paysage sportif mondial. Car Le Mans, aujourd’hui, c’est bien plus qu’une seule course : c’est un territoire entier dédié à la passion des disciplines motorisées, dont le circuit Bugatti est l’une des pierres angulaires.

Le circuit a une section nommée "Chemin aux Boeufs", en référence à la voie romaine datée de plus de 2000 ans qu'elle jouxte. Ce chemin était notamment emprunté par les marchands de bestiaux de Vendée et du Poitou, en route pour Paris, plus récemment.
Le circuit a une section nommée "Chemin aux Boeufs", en référence à la voie romaine datée de plus de 2000 ans qu'elle jouxte. Ce chemin était notamment emprunté par les marchands de bestiaux de Vendée et du Poitou, en route pour Paris, plus récemment.