L’ACO souffle ses 120 bougies : préserver et valoriser son patrimoine, un immense défi
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L’ACO souffle ses 120 bougies : préserver et valoriser son patrimoine, un immense défi

Cette année, l’ACO fête ses 120 ans. En raison du succès croissant des 24 Heures et de l’importance du Mans dans l’histoire automobile, la question d’un musée s’est posée après la Seconde Guerre mondiale. Un antre dédié à la préservation du patrimoine est ouvert au sein même du circuit dès 1961 ; le début d’une immense aventure qui s’écrit encore de nos jours.

Un projet novateur

À l’aube des années 1960, l’Automobile Club de l’Ouest est solidement installée dans le paysage sportif français. Depuis 1906, l’association ne cesse d’œuvrer pour les usagers de la route, et propose, chaque année, un spectacle grandiose lors des 24 Heures du Mans. L’épreuve reste dominée par les marques européennes, mais le gratin des pilotes du monde entier vient s’y mesurer.

Jean-Marie Lelièvre, président de l’ACO élu en 1951, veut poursuivre les travaux de ses prédécesseurs en faisant grandir ces lieux. Germe ainsi l’idée de valoriser le passé à travers la création d’un musée automobile, une race extrêmement rare à cette époque. Après tout, la ville du Mans, pionnière de cette industrie grâce à la famille Bollée, est parfaitement légitime pour initier un tel projet. Tout commence avec un rassemblement de véhicules anciens organisé pour les 50 ans de l’ACO, en 1956. Le succès de cet événement convainc définitivement Jean-Marie Lelièvre de lancer la construction d’un tout nouveau bâtiment, au cœur du circuit, destiné à sublimer ce qu’il appelle « la grande histoire du siècle ». Par le biais de cette initiative, il désire également conserver un patrimoine unique, afin d’éviter la disparition de certains modèles retirés de la circulation. Les collectionneurs locaux sont partants ; demandeurs, même, ce qui assure une bonne base.

Cependant, pour mener à bien cette mission, l’ACO doit se faire accompagner par l'État. Le 8 juin 1961, en pleine semaine de 24 Heures, le Musée Automobile ouvre ses portes, non sans le concours du préfet de la Sarthe Pierre-Marcel Wiltzer, la bienveillance du président du conseil général de la Sarthe François de Nicolaÿ, et la présence du ministre de l’information Louis Terrenoire. Le bâtiment est situé non loin du village, et dispose d’une surface de 1100 m² pour une exposition composée de 65 véhicules. Désormais, les fans venus assister aux 24 Heures du Mans peuvent également s’imprégner de cet héritage conséquent.

l'inauguration du musée en 1961
l'inauguration du musée en 1961

Un musée en constante évolution

L’impulsion donnée par Jean-Marie Lelièvre permet au site de gagner en prestige ; Le Mans entérine ainsi sa place de capitale de l’automobile française. À l’image des 24 Heures, depuis, le musée n’a fait qu’évoluer, se modernisant fréquemment pour rester la référence. À la fin des années 1980, la vétusté de l’édifice pousse le département de la Sarthe à créer un tout nouveau complexe, cette fois en dehors du circuit, au niveau de l’actuelle Porte Nord. Le dessin de l’architecte Stéphane Barbotin donne naissance à un espace de 4000 m², qui existe encore de nos jours. La muséographie, elle aussi, s’adapte, avec l’accent mis sur les 24 Heures du Mans à partir de 2009.

Racheté par l’Automobile Club de l’Ouest en 2016, le Musée des 24 Heures du Mans passe dans une autre dimension. La direction patrimoine prend les choses en main et l’affluence ne fait que grandir. Le parcours est alors divisé entre les collections généralistes et l’endurance, jusqu’en 2023, où, à l’occasion du Centenaire des 24 Heures du Mans, les équipes présentent une exposition exceptionnelle, réunissant plus ou moins tous les modèles marquants de l’histoire de la course. En quelques années seulement, la fréquentation a triplé, atteignant le chiffre colossal de 208 500 visiteurs en 2023. C’est devenu une étape incontournable pour tous ceux qui se rendent sur le circuit, quel que soit l’événement. Les expositions temporaires dédiées aux plus grands constructeurs (Ferrari, Alpine, McLaren et bien d’autres) ont également leur importance dans la popularité croissante de cette institution.

Avec le M24 – Musée du Sport Automobile, une nouvelle ère commence

Un peu plus tôt, en 2022, l’ACO a fait le choix de l’ambition en esquissant un plan titanesque. Pierre Fillon, président de l’ACO, et Richard Mille créent la société MACO, dans l’idée d’ériger une extension massive, d’une part, et de changer la nature des collections pour faire de ce projet la référence dans le vaste monde des disciplines motorisées. La construction du M24 était lancée. Cela représentait un défi majeur, puisqu’il fallait que le précédent musée reste ouvert jusqu’au soir du Mans Classic 2025, c’est-à-dire début juillet, et que le nouveau soit inauguré avant les 24 Heures du Mans 2026. Tout sera prêt : le public pourra découvrir le M24 le 28 mai à venir, dès 10 heures. Entre-temps, l’activité n’a pas cessé : un musée éphémère a été mis à disposition des visiteurs à côté de la Porte Sud.

Cet écrin, constitué d’une partie flambant neuve née de l’esprit de l’architecte Frédéric Audevard, vise à célébrer la grande épopée des 24 Heures du Mans, bien entendu, mais cette fois, d'autres disciplines sont également portées au firmament. La Formule 1, le rallye, le rallye-raid, l’IndyCar et le Can-Am s’intégreront parfaitement dans l’expérience immersive promise par le M24. Pour rapprocher le public au plus près de la légende, MACO a fait appel à The Immersers pour la scénographie, qui assure d’être grandiose. Il sera possible, par exemple, de décortiquer l’histoire des 24 Heures en différentes salles et à travers les époques, en commençant par le pesage, et en terminant par le franchissement de la ligne d’arrivée. Cette double narration aidée par la technologie et la présence de véritables chefs-d’œuvre accompagne le visiteur, pour lui faire ressentir la grandeur de cette course mythique. Tous les thèmes principaux y sont explorés et ont chacun leur moment, de l’innovation aux coulisses en passant par l'instant crucial du départ. Le but n’est pas seulement de conserver la centaine de véhicules que contient le M24, mais bien de rendre les collections vivantes.

Depuis 1906, l’ACO ne cesse de se réinventer, et sa culture muséale n’échappe pas à cette dynamique. Le M24 – Musée du Sport Automobile, dont l’ouverture est imminente, concrétise l’ambition de l’association, en désirant devenir une référence mondiale.

Du chemin a été parcouru, depuis cette image prise en 1964 jusqu'au M24.
Du chemin a été parcouru, depuis cette image prise en 1964 jusqu'au M24.