24h Le Mans
08/07/2019 - 14:04

Romain Dumas, chasseur de records de l'extrême

Double vainqueur des 24 Heures du Mans (2010 et 2016) et co-détenteur du record de distance aux 24 Heures du Mans (plus de 5000 km couverts), Romain Dumas est devenu ce week-end, l'homme le plus rapide du Festival of Speed de Goodwood, à l'issue d'un roulage de 1,86 km, en moins de 40 secondes. Deux exercices extrêmes que le pilote Français décrypte.
Romain Dumas, chasseur de records de l'extrême

Romain Dumas est complexe: pilote de rallye, de rallye-raid, de circuit, en sprint et en endurance, de courses de côte, de records aussi, entre autres activités....A 41 ans, il a décroché le week-end dernier, au Festival of Speed de Goodwood, un nouveau record : il a établi avec son proto 100% éléctrique, Volkswagen I.D.R, LA référence chronométrique de ce rendez-vous mythique. Il a bouclé (en qualification) le parcours de 1,86 km en 39''9, effaçant des tablettes la performance établie en 1999 par Nick Heidfeld, au volant d'une F1, la McLaren-Mercedes MP4/13, avant de gagner la course le dimanche.

"J'adore cet effort soudain, raconte le double vainqueur des 24 Heures du Mans (avec Audi en 2010 puis Porsche en 2016) au lendemain de cet événement. Quand on s'attaque à un chrono de 40 secondes, on doit viser le sans faute, la copie parfaite, la concentration maximale. La voiture est réglée sans ''compromis'', le grip est constant sur une distance si courte, c'est au pilote d'assurer en pilotage, en engagement. Le fait d'être seul, sans autre concurrent, sans trafic, qui peuvent affecter ton chrono, est très plaisant. Tu es seul à te battre. Il faut réaliser la performance idéale, la construire virage après virage. Et contrairement à un départ en course sur circuit, tu peux regarder comment positionner la voiture au mieux au moment de t'élancer. Par exemple, à Goodwood, je pouvais vérifier si il n'y avait pas d'huile déposée par un autre concurrent, si l'endroit n'était pas sale. Il faut veiller à tous ces éléments car le départ est primordial. On peut facilement perdre 4 dixièmes de seconde d'entrée. Pour un pilotage minutieux, je travaille beaucoup à la vidéo, je regarde, revisionne tous mes runs pour toujours améliorer. Contrairement à l'exercice de la qualification aux 24 Heures du Mans, par exemple, où avant la séance, on a déjà bouclé pas mal de tours, pour un record, on a peu de tentatives d'essais."

Homme de courses et de records, Romain Dumas dispose d'un palmarès conséquent: double victoire au classement général des 24 Heures du Mans (2010 et 2016), victoire en catégorie LM GTE Pro aux 24 Heures du Mans 2013, mais également (entre autres succès) victoires aux 24 Heures de Spa, aux 24 Heures du Nürburgring, ainsi que le record de la célèbre course aux nuages, Pikes Peak, le record du Nürburgring. Les chiffres sont impressionnants.

A Pikes Peak, il a couvert les 19,96 km et les 156 virages en 7'57''148 à une vitesse moyenne de 150,3 km/h, en 2018.

En juin dernier, sur les 20,882 kilomètres de la Nordschleife, il a tourné en 6'05''336 à une vitesse moyenne de 206,96 km/h.

En juin 2010, lorsqu'il gagne les 24 Heures du Mans sur une Audi R15 + TDI, avec Mike Rockenfeller et Timo Bernhard, le trio boucle 397 tours, soit 5 410,73 km, à la vitesse moyenne de 225,28 km/h.  

"Si l'on considère Pikes Peak, Goodwood ou les autres tentatives de record, les distances sont effectivement plus courtes qu'en course, en comparaison à un relais par exemple aux 24 Heures du Mans, mais il est possible de connaître cet exercice: le tour parfait, la recherche d'amélioration constante. En qualification, aux 24 Heures du Mans, on part avec un train de pneus neufs, dans cette optique. Le trafic, l'évolution de la piste, peuvent gêner dans cette quête mais en course, sur les 13 kilomètres du circuit, le dimanche matin, il nous arrive de connaître un relais où tour après tour, on peut améliorer sans cesse. Pour un pilote, c'est excitant. Effectivement, dépasser, aller plus vite que les autres, c'est le but aussi, mais quand on reste bloqué, que l'on doit patienter pour doubler, cela peut être frustrant aussi. Voilà pourquoi l'exercice qui consiste à être seul en piste avec la machine est grisant" explique Romain Dumas.

A Pikes Peak comme au Nürburgring, il construit sa performance, tout en identifiant les secteurs où il devra subir, où les règlages de sa machine le limiteront, où il devra prendre moins de risques. "A Pikes peak, je sais qu'il y a des portions bosselées, où je vais perdre du temps, je ne vais pas régler la voiture pour cela. Au Nürburgring, j'ai essayé une fois de passer à l'intérieur du Petit carrousel, je ne l'ai fait qu'une fois, sinon j'arrachais la voiture."

Sur son agenda, un prochain record est déjà fixé: en septembre, 11 kilomètres et 99 virages sur une route sinueuse du Mont Tianmen en Chine.