24h Le Mans
25/05/2019 - 12:00

Mario Andretti : "j'ai toujours adoré les 24 Heures du Mans"

Champion du Monde de Formule 1 (1978), vainqueur à Indianapolis (1969), aux 500 miles Daytona (1967) et aux 12 Heures de Sebring (1970), Mario Andretti n'a pas ménagé ses efforts pour tenter de remporter les 24 Heures du Mans, seul joyau de la Triple Couronne à lui avoir échappé. Alors que la 103e édition des 500 miles d'Indianapolis célèbre le cinquantième anniversaire de sa victoire dans la légendaire course américaine, regard d'un passionné qui a toujours la foi, entre Sarthe, Indiana et F1.
Mario Andretti : "j'ai toujours adoré les 24 Heures du Mans"

Après avoir pris sa retraite de la monoplace américaine IndyCar fin 1994, Mario Andretti s'est lancé dans la quête de l'ultime course manquant à son incroyable palmarès : les 24 Heures du Mans. A 55 ans, il passe tout près de la victoire, terminant deuxième en 1995 sur Courage-Porsche, associé à Eric Helary et Bob Wollek. Mais malgré les efforts et la passion de Mario, la Triple Couronne telle que définie après la victoire de Graham Hill dans la Sarthe (Champion du Monde de Formule 1 en 1962 et 68, vainqueur à Indianapolis en 1966 puis au Mans en 1972) reste encore aujourd'hui la seule propriété du pilote britannique.

"Je n'avais pas une telle ambition quand j'ai débuté", sourit Mario Andretti à l'évocation de la conquête d'une Triple Couronne qui, pour lui, "peut prendre des formes différentes". Effectivement, si on rapporte ce commentaire à son extraordinaire palmarès, trois circuits viennent immédiatement à l'esprit : sa victoire arrachée dans la dernière heure de course à Sebring en 1970, qu'il considère encore aujourd'hui comme l'un des sommets de sa carrière. Celle au Grand Prix d'Italie 1977 à Monza, où il avait vu gagner son idole de jeunesse Alberto Ascari au début des années 1950. Et bien sûr les 500 miles d'Indianapolis 1969, premier sommet de sa carrière, neuf ans avant son titre mondial en Formule 1.  

Mais d'une certaine manière, la Triple Couronne est restée en filigrane du parcours de Mario Andretti : "Je vais remonter au tout début de l'histoire. En 1965, j'ai été élu Rookie of the Year (meilleur débutant. Ndlr) aux 500 miles d'Indianapolis. Cette année-là, Jim Clark avait remporté la course sur Lotus-Ford. Lors du traditionnel dîner de gala qui a suivi, je suis allé voir Colin Chapman (fondateur de Lotus. Ndlr) et je lui ai dit qu'un jour, je souhaiterais piloter pour lui en Formule 1. Il m'a répondu de le contacter quand je serai prêt." Mario Andretti débutera finalement en Formule 1 au Grand Prix des Etats-Unis 1968, signant d'emblée la pole position, et deviendra en 1978, toujours chez Lotus, le deuxième Américain Champion du Monde en Formule 1, après Phil Hill en 1961. Et en 1966, un an après cette conversation avec Colin Chapman, il fait sa première apparition aux 24 Heures du Mans chez Ford... partenaire moteur de Lotus lors de sa victoire à Indianapolis.

C'est pour les 24 Heures du Mans que j'ai fait mon premier voyage retour en Europe en 1966.
Mario Andretti

Lorsque Mario Andretti parle des 24 Heures du Mans, la passion qui l'habite se fait encore plus vivace : "C'est une course que j'ai toujours adorée. Quand on pense sports-prototypes, quand on pense endurance, on pense Le Mans. Quand je vivais en Italie, je suivais les 24 Heures du Mans, les Mille Miglia, j'allais à Monza, je me souviens d'Olivier Gendebien (premier quadruple vainqueur des 24 Heures. Ndlr)... Je me souviens avoir appris la catastrophe de l'édition 1955 alors que j'étais sur le bateau qui m'emmenait aux Etats-Unis. Et en 1966, c'est pour disputer les 24 Heures du Mans que j'ai fait mon premier voyage retour en Europe. J'ai retrouvé des amis, de la famille, et nous étions tous très fiers." Et dans le paddock de la série américaine IndyCar, les 24 Heures sont un sujet de conversation régulier entre Mario Andretti et les vedettes de la discipline, et notamment avec les Français Simon Pagenaud et Sébastien Bourdais, qui avaient terminé ensemble deuxièmes dans la Sarthe en 2011, associés à Pedro Lamy.

Aujourd'hui, les 24 Heures du Mans et les courses d'endurance sont devenues de véritables sprints. Une dimension qui séduit Mario Andretti : "Je pourrais presque dire que je suis né trop tôt (sourire), car à mon époque, il fallait préserver la voiture, les freins, le moteur... Aujourd'hui, en Formule 1, le nombre de moteurs sur une saison est réglementé et en cas de casse, on prend une pénalité. En endurance, la fiabilité des voitures a énormément progressé, on ne roule plus à l'économie, et ça donne des courses sensationnelles. On peut effectivement dire que les 500 miles d'Indianapolis sont une course d’endurance pour monoplaces, car un Grand Prix de Formule 1 dure en moyenne 1 h 30. Nous avions même à une certaine époque notre propre Triple Couronne, qui regroupait les courses de 500 miles du calendrier."

Quand on pense sport-prototypes, quand on pense endurance, on pense Le Mans.
Mario Andretti

En neuf participations aux 24 Heures du Mans, Mario Andretti en compte trois en famille, avec son neveu John (1988) et son fils Michael (1983, 1988 et 1997), tandis que son petit-fils Marco est venu dans la Sarthe en 2010. Troisième en 1983 en compagnie de son père et de Philippe Alliot dès ses premières 24 Heures, Michael Andretti est aujourd'hui un propriétaire d'écurie comblé, qui a fêté au printemps 2019 sa 200e victoire, toutes disciplines confondues. Avec cinq succès, il est, avec Roger Penske, le patron d'écurie en activité le plus victorieux à Indianapolis... "Et bien sûr, il est en quête d'opportunités pour les 24 Heures du Mans et l'endurance, indique son père Mario. Michael est impliqué dans de nombreuses disciplines : l'IndyCar et ses formules de promotion, le Rallycross américain, la Formule E, le Supercar en Australie, il a fait une tentative de rachat de l'équipe Force India en Formule 1... Je crois qu'il a le désir d'être aussi complet en tant que propriétaire d'écurie que j'ai pu l'être en tant que pilote. Et s'il vient au Mans à l'avenir, j'espère bien être là, même si j'aimerais par-dessus tout être au volant !"

Photo (D.R.) - La deuxième partie des années 1960 a marqué l'éclosion internationale de Mario Andretti dans les trois disciplines de la Triple Couronne, avec ses deux premières participations aux 24 Heures du Mans (1966 et 67), son premier Grand Prix - et sa première pole position - de Formule 1 (1968) et sa victoire aux 500 miles d'Indianapolis (1969), dont le trophée l'accompagne sur ce portrait.