24h Le Mans
Le 20/01/2018 09:01

Alain Tannier (Commissaire) - "Une expérience inoubliable aux 24 heures du Mans et en WEC"

Vous ne connaissez peut-être pas son nom mais Alain Tannier est une figure incontournable du paddock. Commissaire bénévole à l’Automobile Club de l’Ouest depuis près de 40 ans, le manceau se retire aujourd’hui du championnat du monde d’Endurance (WEC) en qualité de responsable des stands. Cet amoureux du sport automobile n’en restera pas moins très impliqué en continuant à mettre à profit son expérience sur les épreuves de l’ACO.

Alain Tannier (Commissaire) - "Une expérience inoubliable aux 24 heures du Mans et en WEC"

Comment a débuté votre engagement avec l’Automobile Club de l’Ouest (ACO) ?

Petit, je découpais déjà les articles de journaux sur les 24 Heures. J’y suis allé pour la première fois en 1962. J’avais alors 11 ans et ça a marqué le début de l’histoire. J’ai pris ma carte de membre ACO en 1971 : une carte de fidélité très longue durée ! (rires) Ma carrière de commissaire a ensuite débuté en 1979 sur la piste puis dans les stands à partir de 1981.

Qu’est-ce qui vous a motivé à rejoindre cette aventure, jusqu’à devenir un des piliers parmi les commissaires bénévoles de l’ACO ?

J’ai toujours été attiré par l’organisation. J’ai souhaité m’impliqué pour aider, conseiller, partager et faire en sorte que tout se passe bien. Mettre en avant les commissaires pour qu’ils soient fiers de ce qu’ils font, c’est très important pour moi. C’est devenu ma deuxième famille ! Je revendique ce statut 100% bénévole car nous sommes là pour le plaisir.

Mettre en avant les commissaires pour qu’ils soient fiers de ce qu’ils font, c’est très important pour moi.

Grâce à un patron compréhensif (technicien d’entretien dans une entreprise sarthoise, ndlr), j’ai eu la chance de pouvoir me libérer du temps. A partir d’avril, on savait qu’il ne fallait plus m’embêter ! J’ai également pu partir assez tôt en retraite pour m’impliquer pleinement. Au-delà du Mans et du WEC, je participe aux épreuves de l’ACO (24 Heures Moto, Karting …) mais aussi dans d’autres disciplines (GP F1 de Monaco, GP de France, WTCC …). Nous sommes des passionnés avant tout !

Pourquoi être si attaché à ce poste de commissaire dans les stands ?

Les stands, c’est le poumon du circuit, là où tout se joue et où tu vois au plus près les héros qui font l’endurance. C’est une grande fourmilière qui s’anime avec les équipes, mécaniciens, commissaires, médias… Nous sommes là pour admirer leur travail et orchestrer l’organisation de tout ce petit monde. Je ne cache pas que je ne suis pas très « technique ». Mon truc c’est l’humain, les hommes de l’ombre, le relationnel. 

Les stands, c’est le poumon du circuit, là où tout se joue et où tu vois au plus près les héros qui font l’endurance

On vous appelle « Le shérif » dans le paddock. Derrière ce surnom bienveillant, comment se traduit concrètement votre rôle ?

C’est Henri Pescarolo qui me surnommait ainsi et c’est resté ! Ma mission ? Rappeler, appliquer le règlement et assurer la sécurité de tous. Nous gérons avec mes collègues une équipe de près de 200 personnes au Mans, des commissaires en charge de la sécurité à ceux qui s’occupent de la saisie d’informations.

Au-delà de ce travail de terrain, il y a toute une mission de préparation en amont pour organiser le planning, recruter les commissaires bénévoles, assurer des formations, réfléchir aux évolutions liées aux nouveaux règlements... On ne chôme pas ! Avec Le Mans, le WEC, l’ELMS .. cela pouvait me prendre jusqu’à 2 jours par semaine sur toute l’année. 

Quelles relations entretenez-vous avec les équipes ?

Il y a du respect mutuel entre tous, quelle que soit la taille de l’équipe. Quand j’ai annoncé que je me retirais du WEC, j’ai reçu de nombreux messages de sympathie de toutes les équipes. J’ai beaucoup d’images en tête de ces team managers, ingénieurs ou mécaniciens passionnés qui révèlent une grande part d’humanité. Des événements tragiques comme l’abandon de la Toyota de tête en 2016 sont révélateurs de leur implication : le staff technique a eu beaucoup de mal à s’en remettre.
Côté règlement, les équipes savent qu’on est là pour leur bien et que tout le monde est logé à la même enseigne. Si certains sont sanctionnés, d’autres le seront tout autant s’ils font la même erreur. La clé est justement de traiter tout le monde à égalité, sans aucun passe-droit. C’est comme cela que l’on sait se faire respecter. J’aime souvent à dire que je suis là pour les faire gagner proprement. 

 

Infographie commissaires de stands

Au fil des années, la place des stands a évolué, aussi bien sur le plan sportif que de la sécurité. Comment l’expliquez-vous ?

Il y a 30 ans, les stands, c’était un peu le folklore : il y avait 50 personnes autour des voitures, des journalistes partout, des gendarmes pour la sécurité... Aujourd’hui, tout cela s’est considérablement professionnalisé. L’enjeu des stands n’est plus le même pour les équipes : c’est un point stratégique où il faut être le plus rapide et tout optimiser. Il faut se rendre compte de la vitesse des voitures, des démarrages, du ballet des mécaniciens autour des voitures... Cela a changé la donne et le nombre de personnes sur la voie des stands a été drastiquement réduit.

Les incidents jouent aussi un rôle dans les évolutions de règlement. Je pense au cameraman fauché par une Audi en 2010  l’accident d’Allan McNish en 2011 ou encore le départ de feu chez Larbre Compétition à Shanghaï en 2013… Le risque zéro n’existe pas mais il faut un maximum de prévention.

Que retenez-vous de ces 5 années à parcourir le monde en WEC ?

J’ai commencé l’international en 2004 avec les Le Mans Series puis le WEC en 2012. C’est différent du Mans car on arrive avec une équipe restreinte et donc plus de responsabilités. C’était un nouveau challenge où nous devions nous adapter à d’autres organisations et des commissaires mis à disposition sur place. Quel que soit le circuit, tout s’est toujours bien déroulé.

Ça a été un vrai bonheur d’aller dans ces pays à la rencontre de personnes tout aussi passionnées de sport automobile. Je m’en rends compte avec les réseaux sociaux où je reste en contact avec des japonais, brésiliens, mexicains …. Il y beaucoup de belles histoires, des souvenirs inoubliables.  J’ai une affection particulière pour le Japon et son ambiance atypique. Il y a une sorte de zénitude inexplicable qui rend le travail agréable. Peut-être que le Mont Fuji y est pour quelque chose !

Pourquoi mettre un frein à votre carrière bénévole en stoppant votre implication en WEC ? Êtes-vous décidé à raccrocher l’étoile du Shérif ?

A 66 ans, il est temps de calmer le jeu et de passer la main en formant des jeunes. Le WEC est prenant. Nous sommes occupés une dizaine de week-ends dans l’année avec des déplacements, des timings serrés, des décalages horaires … De l’extérieur, on pense au plaisir du voyage mais ce n’est pas la piscine et la farniente qui nous attendent à l’autre bout du monde. On arrive sur le circuit à 7h du matin, on en repart à 22h : les journées sont chargées ! Mais pas question de raccrocher pour autant. Je continue au Mans et je ferais quelques piges au besoin. Je me suis fixé 2023 pour arrêter définitivement, date du centenaire des 24 Heures du Mans. Ce serait pas mal, non ?