24h Le Mans
20/12/2018 - 12:00

Porsche 1948-2018, les 24 Heures en "grand huit" (5) - 1978

Alors qu'une exposition du Musée des 24 Heures (23 septembre 2018-24 février 2019) célèbre les 70 ans de Porsche, cette série propose des variations sur le chiffre 8, de 1948 à 2018. Ce nouvel épisode est consacré à l'année 1978, théâtre d'un superbe duel pour la victoire entre le constructeur allemand et Renault-Alpine.
Porsche 1948-2018, les 24 Heures en "grand huit" (5) - 1978

Grâce à Porsche et Renault, les 24 Heures du Mans ont renoué depuis 1976 avec la tradition des grands duels qui ont rythmé leur histoire.

Les deux marques utilisent à cette époque la même technologie du moteur turbocompressé, mais sur deux agendas fondamentalement différents. Avec la 936, Porsche a signé en 1976 la première victoire de ce type de moteur aux 24 Heures du Mans, tandis que Renault le développe aux 24 Heures du Mans en vue de l'imposer par la suite en Formule 1.

Battu par la Porsche 936 en 1976 et 1977, Renault a fait de la victoire son objectif pour les 24 Heures 1978. Après l'abandon de la Renault Alpine A443 de Jean Pierre Jabouille-Patrick Depailler, leader 12 heures durant, Didier Pironi et Jean-Pierre Jaussaud prennent le relais jusqu'au drapeau à damier victorieux. La domination de Renault Alpine est totale : Porsche n'a jamais pointé en tête du classement horaire de cette 46e édition.

La 936 termine tout de même sur les deuxième et troisième marches du podium. En difficulté en début de course sur la voiture qu'il partage avec Henri Pescarolo, Jacky Ickx passe sur celle de Bob Wollek et Jürgen Barth. Ce trio termine deuxième devant ses compagnons d'écurie Hurley Haywood, Peter Gregg et Reinhold Joest.

Une autre Porsche a marqué les 24 Heures 1978 de son empreinte.  Avec la 935/78, Porsche pousse le concept du Groupe 5 (instauré en 1976 pour des voitures de sport de série largement modifiées, dite "silhouette"), avec un capot avant plongeant et une partie arrière allongée, lointaine réminiscence des prototypes 917 LH (ou "Langheck", pour "longue queue") de 1970 et 1971.

Lors de ses premiers essais, son allure imposante et sa livrée immaculée lui valent le surnom de « Moby Dick », en référence à la redoutable baleine blanche qui donne son titre au roman d’Herman Melville. En guise de préparation aux 24 Heures, elle remporte les 6 Heures de Silverstone aux mains de Jacky Ickx et Jochen Mass. Au Mans, elle est pilotée par Rolf Stommelen et Manfred Schurti, deux Allemands experts de la 935, qui terminent huitièmes après divers soucis techniques.

Sur la ligne droite des Hunaudières, alors dépourvue de ralentisseurs, "Moby Dick" affiche la vitesse de pointe la plus élevée des 24 Heures 1978 (366 km/h) et se qualifie en troisième position sur la grille de départ, au beau milieu des prototypes Renault-Alpine et Porsche 936 en lutte pour la victoire. Même si la victoire au général semblait difficile du fait d'une consommation excessive de carburant, la 935/78 est bel et bien l’une des Porsche les plus fascinantes jamais vues dans la Sarthe.

La victoire de Pironi-Jaussaud en 1978 marque la fin du duel Porsche-Renault au Mans. Le 1er juillet 1979, le constructeur français gagne son pari en Formule 1, en signant au Grand Prix de France la première victoire d'un moteur turbo dans la discipline.

Une décennie plus tard, la menace pour Porsche viendra d'outre-Manche, au fil d'un fabuleux duel avec Jaguar en 1988, à suivre dans le prochain épisode de cette saga.

Photos (D.R / Archives ACO) - En haut : très rapide, la Porsche 935/78 "Moby Dick" (n°43) n'a été devancée en qualifications que par la Porsche 936 de Ickx-Pescarolo (pole position) et la Renault Alpine de Jabouille-Depailler. Ci-dessus de gauche à droite : Porsche remporte en 1978 trois victoires de catégorie grâce à Bian Redman-Dick Barbour-John Paul Sr (n°90, 4e du général), Jim Busby-Rick Knoop-Chris Cord (n°44, 5e du général) et la Mancelle Anny-Charlotte Verney, associée à Xavier Lapeyre et François Servanin (n°66, 12e du général).