24h Le Mans
07/02/2019 - 16:00

Le Club des Pilotes à Rétromobile : souvenirs de 1949, de Luigi Chinetti et du NART

Sur le salon Rétromobile (6-10 février) à Paris, le stand du Musée des 24 Heures, dédié au 70e anniversaire de la reprise des 24 Heures du Mans en 1949, a accueilli le mercredi 6 février le Club des Pilotes. Dans une ambiance toujours conviviale, la mémoire de Ferrari, victorieuse cette année-là à l'issue de sa première participation, a ravivé quelques belles histoires.
Le Club des Pilotes à Rétromobile : souvenirs de 1949, de Luigi Chinetti et du NART

Dans son discours d'introduction, Fabrice Bourrigaud, Directeur du Musée des 24 Heures et du Pôle Culture & Héritage de l'ACO, a confirmé la future exposition 1949, année qui fut aussi celle de la première victoire mancelle de Ferrari, avec au volant Luigi Chinetti et Lord Selsdon. Président du Club des Pilotes et double vainqueur dans la Sarthe (1973-74), Gérard Larrousse a ensuite pris la parole, évoquant sa découverte du circuit des 24 Heures au volant d'une Ferrari GTO.

Parmi les autres pilotes présents, il en est un pour qui l'évocation de Luigi Chinetti et de Ferrari avait une connotation toute particulière. En 1972, Pierre Laffeach a disputé ses premières 24 Heures du Mans au volant d'une voiture engagée par le North American Racing Team (NART), l'écurie de Luigi Chinetti, après une belle performance dans l'un des "Volants" qui constituaient à l'époque la première marche de l'ascension d'un jeune pilote dans les différentes formules de promotion monoplace en France.

"J'avais terminé deuxième du Volant Shell au Mans mais la monoplace avait été attribuée à Jean-Louis Schlesser, qui n'avait pu participer à cette finale, raconte Pierre Laffeach. En guise de compensation, l'ACO m'a placé au volant d'une voiture du NART, en compagnie de Gilles Doncieux et Yves Forestier. John Baus, le bras droit de Luigi Chinetti au sein du NART, s'est occupé de nous au quotidien avec beaucoup de gentillesse. Monsieur Chinetti était toujours dans le stand et surveillait tout, mais sa présence ne générait aucune pression particulière."

En 1972, le NART engage cinq voitures : une Corvette, trois Ferrari 365 GTB/4 et la Dino 246 GT pilotée par Pierre Laffeach : "Nous avons réussi à qualifier la voiture avec Gilles Doncieux, mais Yves Forestier n'a pu réaliser les temps nécessaires et n'a donc pas participé à la course. La Dino n'était pas facile à conduire, elle était totalement neutre et ne partait ni de l'avant ni de l'arrière, il fallait la piloter du bout des doigts." En outre, la pluie rend difficile cette quarantième édition des 24 Heures. "En course, Gilles Doncieux et moi nous relayions toutes les quatre heures, poursuit Pierre Laffeach. En sortant d'un ravitaillement, je suis parti en glissade avec les pneus froids au Tertre Rouge et la voiture s'est encastrée sous le rail. J'en suis descendu car elle commençait à prendre feu côté du réservoir de carburant, qui venait d'être rempli. Les commissaires ont pu éteindre rapidement l'incendie et dégager la voiture, j'ai donc terminé mon tour, je suis revenu au stand, les mécaniciens ont inspecté la Dino (et surtout les supports de boîte), qui n'avait finalement pas souffert, et nous sommes repartis."

Quatre des cinq voitures du NART reçoivent le drapeau à damier, dont la Dino de Pierre Laffeach et Gilles Doncieux, qui terminent dix-septièmes. "Mes premiers tours du circuit des 24 Heures étaient bien sûr merveilleux, mais mon souvenir le plus fort est d'avoir été au volant pour l'arrivée de la course. Finir mes premières 24 Heures au volant d'une telle voiture, au sein d'une telle équipe, j'en avais les larmes aux yeux, se souvient Pierre Laffeach. Nous avons reçu un trophée en argent, avec la mention Trophée Luigi Chinetti, ainsi qu'une carte de compliments de John Baus, que j'ai bien sûr toujours chez moi. Ils étaient d'autant plus heureux que nous étions au volant de la seule Dino 246 GT qui ait jamais terminé les 24 Heures."

Pierre Laffeach a disputé les 24 Heures à trois reprises. Après la Dino, il pilote au Mans des Porsche 911 en 1974 (12e) et 1976 (14e), avec cette dernière année une victoire de catégorie. "J'aurais dû refaire les 24 Heures avec le NART en 1975, mais cette année-là, Luigi Chinetti avait retiré toutes ses voitures. Mais je suis très heureux d'avoir terminé les trois éditions auxquelles j'ai participé", conclut dans un sourire Pierre Laffeach, dont le nom figure donc pour l'éternité dans l'histoire et le palmarès de Ferrari, mais aussi de Porsche, aux 24 Heures du Mans.

Photo (Louis Monnier / ACO) - Sur cette photo de famille à Rétromobile 2019 du Club des Pilotes, son président Gérard Larrousse est au volant de la Ferrari 166 MM du Musée des 24 Heures, dont un exemplaire s'est imposé en 1949 aux mains de Luigi Chinetti et Lord Selsdon. Pilote de la Dino 246 GT du NART de Luigi Chinetti en 1972, Pierre Laffeach est au deuxième rang (troisième en partant de la gauche).