Mobilité
28/03/2019 - 12:00

Assises de l'Automobile : de la piste à la route, la compétition moteur de l'innovation ?

Aujourd'hui ont lieu les Assises de l'Automobile, événement organisé par Ouest France en partenariat avec l'Automobile Club de l'Ouest, dans l'enceinte du circuit des 24 Heures du Mans. Retrouvez chaque temps fort de cette journée de réflexions et de débats sur la mobilité et des énergies du futur.
Assises de l'Automobile : de la piste à la route, la compétition moteur de l'innovation ?

La table ronde "de la piste à la route, la compétition restera-t-elle un moteur de l'innovation ?", une thématique cruciale pour l'ACO, a réuni Bernard Niclot, président de WIN Innovation, consultant hydrogène auprès de l'ACO, Eric Boullier, ancien directeur de compétition de McLaren F1 et conseilleur du Grand Prix de France de F1, Christophe Ricard, président de GreenGT et Xavier Mestelan Pinon, directeur de DS Performance. 

Bernard Niclot, président de WIN Innovation, consultant hydrogène auprès de l'ACO : "Oui, le sport apportera toujours à la voiture de Monsieur Tout Le Monde. Le lien entre voiture de course et voiture de route se fera toujours par technologie embarquée. Le sport automobile permet aussi aux ingénieurs d'être confrontés à des conditions extrêmes qu'ils n'ont pas l'habitude de rencontrer. C'est forcément un plus par rapport à la série, qui permet l'introduction d'une nouvelle technologie ou une amélioration de celle ci en matière de consommation par exemple. Plusieurs exemples ont été ainsi marquants au Mans: le turbo ou la boîte à double embrayage. Je pense qu'il faut même envisager des aller retour: le sport améliore la série, mais la série améliore le sport aussi. Prenons le cas de l'hydrogène, des voitures de série existent déjà, mais le passage par la case compétition au  Mans de l'hydrogène, sera un point intéressant pour son utilisation en grande série. Cette technologie existe certes, mais elle n'est pas encore aussi mature que l'électrique par exemple avec la Fe, elle a une grande marge de développement que la course va lui apporter. L'hydrogène va défier d'autres modes d'énergies au Mans quand la Fe se bat un peu contre elle! "

Eric Boullier, ancien directeur de compétition de McLaren F1, conseiller du Grand Prix de France de F1 : "En F1, l'introduction de la technologie hybride en sport a été demandée par les constructeurs, cela nous a permis de retravailler des technologies de combustion et d'améliorer les rendements énergétiques des moteurs de F1. La F1 consomme la moitié de ce qu'elle consommait il y a 10 ans. Pour un constructeur, la compétition reste essentielle, car elle permet de se confronter à l'extrême. La rotation du personnel, entre compétition, recherche et developpement et série, est très bénéfique pour un constructeur. On parle beaucoup d'intelligence artificielle aujourd'hui, en s'interrogeant sur son apport, mais elle existe déjà en F1, avec notamment toutes ces fameuses salles de commandement à distance à l'usine que les équipes de F1 utilisent pendant les Grands Prix, pour notamment construire leur stratégie. C'est déjà une action de l'intelligence artificielle.  "

 

Christophe Ricard, président de GreenGT : "En introduisant avec MissionH24, l'électrique-hydrogène en course, nous suivons l'exemple de que d'autres ont fait ailleurs avec succès, mais nous opérons avec une technologie totalement novatrice pour le sport automobile. Il nous faut donc dégrossir le sujet, l'expérimenter, passer du in vitro au in vivo. En voulant démontrer la performance de l'hydrogène par rapport à d'autres technologies, nous avons placé la barre haute, car nous allons nous comparer à ce qui existe déjà et a été largement expérimenté. Notre volonté est d'entrer en compétition cette année, dans le courant de cette saison. Notre objectif actuel ? nous comparer à des GT3. Aujourd'hui, nous dispons d'une autonomie de 40 minutes et nous souhaitons atteindre les 50 minutes. L'hydrogène a démontré depuis longtemps qu'elle fonctionnait, notamment de par son utilisation dans l'espace. Aujourd'hui, notre objectif n'est pas seulement de démontrer que cela fonctionne, mais que cela fonctionne avec un certain degré de performance, avec un encombrement minimum et une fiabilité maximum. Il n'y a que par l'expérimentation que l'on peut prouver et l'endurance est le laboratoire parfait qui qui correspond à cela."

Xavier Mestelan Pinon, directeur de DS Performance : "La Fe est une discipline qui nous permet de progresser en tant que constructeur. Nous avons tout développé en commun avec les ingénieurs de la recherche et du développement mais aussi avec nos soustraitants qui eux aussi ont intéret à travailler sur cette technologie.Tout le monde se sert de cette technologie pour aller plus vite. Ce que l'on a en course actuellement, on l'aura dans 4 ou 5 ans sur les voitures de série. Depuis 4 ans que nous évoluons en Fe, les progrès ont été spectaculaires. Notre mission future: travailler sur la recharge rapide. "