24h Le Mans
13/06/2019 - 09:30

24 Heures du Mans – Yannick Dalmas se souvient de 1999 : « Je ne veux pas attaquer ! »

Le Mans 1999, Yannick Dalmas obtient son quatrième et dernier succès aux 24 Heures. Une victoire signée BMW dont il fut la cheville ouvrière et qui, même si elle garde vingt ans après un petit goût amer, lui aura permis d’écrire son nom en lettres d’or dans le grand livre des 24 Heures du Mans.
24 Heures du Mans – Yannick Dalmas se souvient de 1999 : « Je ne veux pas attaquer ! »

Désormais conseiller auprès de la direction de course du championnat WEC, Yannick Dalmas se souvient de la façon dont BMW a abordé les 24 Heures du Mans il y a vingt ans. « BMW avait de légitimes ambitions pour cette édition 99. Le châssis Williams avait beaucoup progressé depuis l’édition précédente. Tout ce que nous avions pu constater au cours des différents tests avait été revu comme, par exemple, la direction assistée. J'en avais demandé une nouvelle après le tout premier roulage et elle était arrivée cinq jours plus tard. L’alliance BMW-Williams, c’était vraiment réactif. Il le fallait car la concurrence était très relevée cette année-là, avec Mercedes et Toyota qui alignaient des voitures fermées contrairement à nous. Niveau aéro, ça faisait une sacrée différence. Cela dit, à force de travail, d’une machine assez difficile à piloter et survireuse, nous étions parvenus à sortir une voiture assez bien équilibrée. Et puis, nous avions un petit avantage en consommation. »

Attaquer à outrance n’était pas la bonne approche. J’ai été le seul à le dire et ça a jeté un froid !
Yannick Dalmas

Si, techniquement, la firme bavaroise ne manquait pas d’atouts, elle avait en revanche un management (Mario Theissen et Gerhard Berger) peu au fait des affaires mancelles. « Sans aucune prétention de ma part, je connaissais bien Le Mans, ses astuces, ses pièges et je partageais volontiers mon expérience avec mes équipier Joachim Winkelhock et Pierluigi Martini, poursuit l’ancien pilote. Assez rapidement, il est apparu que le mot d’ordre pour la course était : attaquer, attaquer et attaquer encore ! Lors du briefing général regroupant tout le management avec les pilotes et les ingénieurs, je me rappelle avoir été le seul à lever la main et dire que c’était une énorme bêtise. Je n’étais pas le seul à penser que ça nétait pas la bonne approche, mais je suis le seul à l’avoir dit. Ça a jeté un froid ! »

Alors que Pierluigi Martini qualifie la BMW V12 LMR #15 à la 6e place de la grille, c’est davantage vers la voiture sœur du trio Ktistensen-Lehto-Müller, plus enclin à adopter la stratégie d’attaque définie, que convergent alord les regards du haut management de l’écurie. « J’ai pris le départ, poursuit Dalmas. Pendant les premiers relais, j’entends Berger me dire à la radio : « Yannick, pousse, pousse ! ». Je ne réponds pas. J’avais dit à mes équipiers de ne pas taper dans l’auto, de préserver la boîte, les suspensions et de rester loin des vibreurs. Les relais se sont enchainés et, à un moment donné de la course, Gerhard est revenu à la charge et là je lui ai répondu : « Je ne veux pas attaquer, compris ! » Quand j’ai fini mon relais, Charly Lamm, responsable du programme, m’a demandé des explications. Je lui dis très respectueusement qu’il a gagné les 24 Heures de Spa et du Nürburgring mais qu’il ne connait pas Le Mans et que si on attaque, on va tout casser. »

En piste, au fil des incidents et des problèmes mécaniques de la concurrence, la #15 finissait par prendre la tête de course. « Pierluigi Martini qui piaffait d’impatience a fait le nécessaire dans les dernières heures pour distancer la Toyota », conclut Yannick Dalmas avec un petit sourire.

PHOTO : LE MANS (SARTHE, FRANCE), CIRCUIT DES 24 HEURES DU MANS, 2019. Sans la science des 24 Heures de Yannick Dalmas, il n’y aurait peut-être pas eu de victoire BMW en 1999.

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