24h Le Mans
15/06/2019 - 13:00

24 Heures du Mans - Hurley Haywood, trois victoires pour un Grand Marshal

Grand Marshal de cette 87e édition des 24 Heures du Mans, l’Américain Hurley Haywood a connu à trois reprises les joies de la plus haute marche du podium sarthois. Retour, à la première personne, sur trois victoires qui ne furent pas de tout repos.
24 Heures du Mans - Hurley Haywood, trois victoires pour un Grand Marshal

Le parcours manceau de Hurley Haywood impose le respect, tout en étant singulier. Il a notamment remporté les premières et dernières 24 Heures qu’il a disputées, pris 12 départs au volant d’une Porsche en 14 participations. Mais à écouter l’Américain raconter de l’intérieur ses trois victoires, on se pose une question : entre aléas de la mécanique et permutation d’équipage… à quoi tient le succès aux 24 Heures du Mans ?

1977 (Hurley Haywood/Jacky Ickx/Jürgen Barth, Porsche 936 #4) : « C’était ma première venue ici, j’ai eu l’honneur d’être dans la voiture pour le départ et c’était très émouvant. Dans le premier virage, la pédale d’accélérateur est allée directement au plancher. Ça m’a tellement surpris que j’ai coupé le contact et arrêté la voiture en bord de piste. Je me suis alors rendu compte que, si je redémarrais, je provoquerais un surrégime. J’ai donc dû soulever le capot moteur pour résoudre le problème, au prix d'un très gros effort, et j’ai pu rentrer au stand. Nous avions au moins deux ou trois tours de retard, puis la voiture de Jacky Ickx a elle aussi connu un pépin. Du coup et il a rejoint notre voiture. Il a pris la piste et a été extraordinaire, Jacky a été légendaire dans la brume et sous la pluie. Nous sommes remontés, Jacky faisait des relais de trois ou quatre heures. Ça marchait vraiment bien, nous avons pu reprendre la tête, c’était bizarre et exceptionnel. Puis j’ai senti un problème moteur, j’ai regardé dans le rétroviseur et j’ai vu de la fumée s’échapper du moteur par l’arrière gauche. Le stand m’a dit de ne pas m’arrêter sur le circuit et de rentrer. Les mécaniciens ont condamné un cylindre et mis Jürgen Barth au volant parce qu’il a une sensibilité mécanique particulière, mais il a manqué le bon timing pour l’arrivée et a dû effectuer un tour supplémentaire. Et lorsque la voiture a franchi la ligne, le moteur a littéralement explosé. C’est probablement une course que nous n’aurions jamais dû gagner, mais avec une bonne dose de volonté nous avons pu y arriver. »

1983 (Hurley Haywood/Al Holbert/Vern Schuppan, Porsche 956 #2) : « Ce fut tout aussi intense. La portière qui s’est envolée n’a pas été le plus gros souci, mais on ne nous a pas autorisés à continuer et nous avons dû nous arrêter. Les mécaniciens ont installé une nouvelle portière mais la mécanique de fermeture ne s’est pas ajusteé et elle ne se fermait pas. Un mécanicien a retiré sa ceinture et s’en est servi pour refermer la portière. Mais l’angle de fermeture n’était pas bon, il a dévié l’air de l’échangeur, ce qui a provoqué la perte d’un piston. Al Holbert était au volant dans la ligne droite des Hunaudières et a senti le moteur se serrer. Fort heureusement, il a pu ralentir, est descendu en 2e vitesse et a roulé à 30 km/h. L’autre voiture de l’équipe, pilotée par Jacky Ickx et Derek Bell, revenait sur nous. Nous nous sommes traînés jusqu’au drapeau à damier et la voiture a rendu l’âme sitôt la ligne d’arrivée franchie. A ce moment, je crois que Jacky et Derek étaient revenus à une vingtaine ou une trentaine de secondes. »

1994 (Hurley Haywood/Mauro Baldi/Yannick Dalmas, Dauer-Porsche 992 LM #35) : « J’ai beaucoup apprécié la Dauer-Porsche, elle était vraiment plaisante à conduire. Nous n'aurions jamais pensé pouvoir être en position de gagner au général, mais c’est ce qui s’est passé ; les choses ont tourné en notre faveur. C’était une drôle d’histoire. Nous avions fait des essais sur le circuit Paul Ricard, avec une simulation de 24 heures. J’allais piloter avec Hans Joachim Stuck et Thierry Boutsen, alors que Danny Sullivan était associé à Yannick Dalmas et Mauro Baldi. Tous deux sont retournés à l’usine pour faire un siège spécial. Danny Sullivan ne pouvait pas s’y installer, alors le patron de l’écurie a décidé de me transférer sur leur voiture pour avoir trois pilotes de même gabarit. Et pour la première fois depuis que je roulais au Mans, j’avais un siège, des ceintures et harnais d’épaule parfaitement adaptés, sans réajustement. Ce fut d’une aide énorme pour la course. »

PHOTO : LE MANS (SARTHE, FRANCE), 24 HEURES DU MANS, VENDREDI 14 JUIN 2014. En tant que Grand Marshal, Hurley Haywood est associé à toutes les manifestations de la grande semaine des 24 Heures.