24h Le Mans
Le 02/03/2018 12:00

24 Heures du Mans et Formule 1 (4) - Jochen Rindt, à toute vitesse

Quatre pilotes ont remporté à la fois les 24 Heures du Mans et le titre mondial en Formule 1 : Mike Hawthorn, Phil Hill, Jochen Rindt et Graham Hill. En compagnie de l'Américain Masten Gregory, Jochen Rindt (1942-1970) a signé en 1965 la neuvième et dernière victoire sarthoise de Ferrari, à l'issue d'une fantastique remontée, historique et symbolique d'une carrière météorique.

24 Heures du Mans et Formule 1 (4) - Jochen Rindt, à toute vitesse

En 1965, Jochen Rindt dispute ses deuxièmes 24 Heures du Mans au sein du NART, l'équipe de l'ancien triple vainqueur Luigi Chinetti. L'année précédente, l'abandon prématuré de son coéquipier David Piper ne lui avait même pas permis de boucler le moindre tour en course au volant de la Ferrari 250 LM n°58. Il retrouve la même monture en 1965, cette fois frappée du n°21, la même écurie, et un nouveau coéquipier, l'Américain Masten Gregory.

En début de course, leur 250 LM est victime d'un problème de démarreur, puis de condensateur. Ce dernier souci semble devoir anéantir les espoirs de victoire... au point que Rindt, estimant la cause perdue, décide de quitter le circuit ! Gregory le rattrape de justesse alors qu'il est sur le point de monter dans un taxi et le convainc de reprendre la piste. Rindt pose toutefois une condition : pouvoir mener une course d'attaque.

Dix-huitième à 20 heures, la Ferrari n°21 est deuxième à mi-course, à la poursuite de l'autre 250 LM n°26 de l'Ecurie Francorchamps, pilotée par Pierre Dumay et Gustave Gosselin. La course bascule le dimanche peu avant 13 h 00, lorsque cette dernière explose son pneu arrière droit. Rindt et Gregory s'imposent avec une voiture à bout de souffle... dont le différentiel rend l'âme sitôt l'arrivée franchie !

Pour Jochen Rindt, alors âgé de 23 ans, cette victoire est le premier titre de gloire d'une carrière aussi courte que flamboyante. Né à Mayence (Allemagne), il est recueilli par ses grands-parents maternels après la mort de ses parents lors d'un bombardement en 1943. A l'adolescence, il participe à des courses sauvages sur les routes avoisinantes de Graz, où il a grandi. Parmi ces jeunes issus de la bourgeoisie de la ville autrichienne, émules de James Dean et Sal Mineo dans le film "La fureur de vivre", on retrouve un certain Helmut Marko, vainqueur des 24 Heures en 1971 et actuel patron de la filière des pilotes Red Bull.

Riche héritier de l'entreprise familiale de broyage d'épices, il débute officiellement en voitures de tourisme avant de bifurquer vers la monoplace lorsqu'à 21 ans, il touche à sa majorité légale les parts de son héritage.

Parallèlement à quatre participations aux 24 Heures du Mans (victoire en 1965, abandons en 1964, 66 et 67), il domine les pelotons de Formule 2, avec pas moins de 29 victoires en six saisons. Il dispute son premier Grand Prix en 1964, mais, malgré cinq podiums de 1966 à 1968, sa carrière en Formule 1 ne décolle vraiment qu'en 1969, lorsqu'il rejoint Lotus. Cette année-là, il remporte sa première victoire aux Etats-Unis.

En 1970, Rindt dispose enfin, avec la Lotus 72, d'une arme lui permettant de devenir Champion du Monde. Mais de nombreux accidents endeuillent cette saison. Le 19 avril, Jacky Ickx échappe de justesse aux flammes de sa Ferrari au Grand Prix d'Espagne ; le 2 juin, Bruce McLaren, vainqueur des 24 Heures en 1966, se tue en essayant un de ses prototypes CanAm sur le circuit britannique de Goodwood ; le 21 juin, le Britannique Piers Courage, l'un des plus proches amis de Jochen Rindt, trouve la mort au Grand Prix des Pays-Bas.

L'Autrichien avait lui-même réchappé à deux gros accidents, aux 500 miles d'Indianapolis 1967 puis au Grand Prix d'Espagne 1969, et promis fin 1969 à son épouse de se retirer une fois Champion du Monde. Il engage alors pendant l'été 1970 une véritable course contre la montre, avec quatre victoires consécutives (Pays-Bas, France, Grande-Bretagne, Allemagne). Son seul adversaire pour le titre mondial est Jacky Ickx, qu'il a battu lors d'un fabuleux chassé-croisé à l'aspiration sur l'ultrarapide circuit d'Hockenheim, lors du Grand Prix d'Allemagne. Mais le Belge s'impose ensuite au Grand Prix d'Autriche, sur les terres de Rindt.

Le duel entre les deux vainqueurs des 24 Heures du Mans s'interrompt brutalement sur le circuit de Monza le 5 septembre, lorsque Jochen Rindt est victime d'une sortie de route mortelle dans la grande courbe - dite "Parabolique" - pendant les essais du Grand Prix d'Italie. A ce moment, Rindt totalise 45 points, Ickx 19, et quatre courses restent à disputer. Jacky Ickx en remporte deux (Canada et Mexique), termine quatrième aux Etats-Unis... mais abandonne en Italie. Pour la seule et unique fois dans l'histoire de la Formule 1, un Champion du Monde est couronné à titre posthume. Au soir de l'ultime manche mexicaine, Jochen Rindt compte encore cinq points d'avance sur Ickx.

En 1965, Jochen Rindt était devenu, à 23 ans, le plus jeune des quatre Champions du Monde de Formule 1 vainqueurs au Mans. Deux ans après le décès de l'Autrichien, Graham Hill, à 43 ans, signe dans la Sarthe la dernière grande victoire de sa carrière. Une histoire à découvrir dans le prochain épisode de cette série.

 

Cliquez ci-dessous pour d'autres histoires entre 24 Heures du Mans et Formule 1 :
24 Heures du Mans et Formule 1 (1) - Quatre Champions du Monde et dix victoires
24 Heures du Mans et Formule 1 (2) - Mike Hawthorn, le pionnier anglais
24 Heures du Mans et Formule 1 (3) - Phil Hill, un doublé américain
 

Photo (D.R. / Archives ACO) : Vainqueur en 1965, Jochen Rindt prend en 1967 le départ de ses quatrièmes et dernières 24 Heures du Mans en tant que pilote d'usine Porsche au volant de ce prototype 907, associé à l'Allemand Gerhard Mitter.

 


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